Le blog de Victor Hugo

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jeudi 15 novembre 2007

L'émeute et «le bon sens»

Extrait des Misérables (4, 10, 1). Morceaux choisis du texte original.

L'émeute

De quoi se compose l'émeute? De rien et de tout. D'une électricité dégagée peu à peu, d'une flamme subitement jaillie, d'une force qui erre, d'un souffle qui passe. Ce souffle rencontre des têtes qui pensent, des cerveaux qui rêvent, des âmes qui souffrent, des passions qui brûlent, des misères qui hurlent, et les emporte.

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Quiconque a dans l'âme une révolte secrète contre un fait quelconque de l'Etat, de la vie ou du sort, confine à l'émeute, et, dès qu'elle paraît, commence à frissonner et à se sentir soulevé par le tourbillon.

L'émeute est une sorte de trombe de l'atmosphère sociale qui se forme brusquement dans de certaines conditions de température, et qui, dans son tournoiement, monte, court, tonne, arrache, rase, écrase, démolit, déracine, entraînant avec elle les grandes natures et les chétives, l'homme fort et l'esprit faible, le tronc d'arbre et le brin de paille.

Malheur à celui qu'elle emporte comme à celui qu'elle vient heurter! Elle les brise l'un contre l'autre.

Elle communique à ceux qu'elle saisit on ne sait quelle puissance extraordinaire. Elle emplit le premier venu de la force des événements; elle fait de tout des projectiles.

«Le bon sens»

Il y a pour toute chose une théorie qui se proclame elle-même «le bon sens»; médiation offerte entre le vrai et le faux; explication, admonition, atténuation un peu hautaine qui, parce qu'elle est mélangée de blâme et d'excuse, se croit la sagesse et n'est souvent que la pédanterie. Toute une école Politique, appelée juste milieu, est sortie de là. Entre l'eau froide et l'eau chaude, c'est le parti de l'eau tiède. Cette école, avec sa fausse profondeur, toute de surface, qui dissèque les effets sans remonter aux causes, gourmande, du haut d'une demi-science, les agitations de la place publique.

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mardi 26 juin 2007

Le Parti communiste

À L’Union Soviétique

Je lui dédie ce livre, glorification de son Idéal. Je dis à l’Union soviétique la vérité ; mais, comme terre illustre et libre, je l’admire, et comme asile, je l’aime.

VICTOR HUGO

Hauteville-House, 1864.

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Le vrai titre de cet ouvrage serait : À propos du Parti Communiste. Le désir de soutenir, devant le public, l'engagement des militants de cette formidable organisation a été le premier mobile de l’auteur. Cependant sa conscience a été sollicitée d’autre part, et d’une façon plus étroite encore, par le sujet lui-même. A l’occasion du Parti communiste, toutes les questions qui touchent à la politique se sont présentées à son esprit. Traiter ces questions, c’est expliquer la mission de la politique ; traiter ces questions, c’est expliquer le devoir de la pensée humaine envers l’homme. Une telle occasion de dire des vérités s’impose, et il n’est pas permis, surtout à une époque comme la nôtre, de l’éluder. L’auteur l’a compris. Il n’a point hésité à aborder ces questions complexes de la politique et de la civilisation sous leurs faces diverses, multipliant les horizons toutes les fois que la perspective se déplaçait, et acceptant toutes les indications que le sujet, dans sa nécessité rigoureuse, lui offrait. De cet agrandissement du point de vue est né ce livre.

Hauteville-House, 1864.

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mardi 12 juin 2007

Bac français 2007

Les concepteurs du sujet de l'épreuve anticipée de français pour les séries S et ES m'ont fait l'honneur de faire découvrir ou redécouvrir à des milliers de jeunes gens ce texte publié pour la première fois en 1846 dans un ouvrage que j'intitulai Choses vues.

Hier, 22 fêvrier, j'allais à la chambre des Pairs. Il faisait beau et très froid malgré le soleil et midi. Je vis venir rue de Tournon, un homme que deux soldats emmenaient. Cet homme était blond, pâle, maigre, hagard, trente ans à peu près, un pantalon de grosse toile, les pieds nus et écorchés dans des sabots avec des linges sanglants roulés autour des chevilles pour tenir lieu de bas ; une blouse courte, souillée de boue derrière le dos, ce qui indiquait qu'il couchait habituellement sur le pavé ; la tête nue et hérissée. Il avait sous le bras un pain. Le peuple disait autour de lui qu'il avait volé ce pain et que c'était à cause de cela qu'on l'emmenait. En passant devant la caserne de gendarmerie, un des soldats y entra, et l'homme resta à la porte, gardé par l'autre soldat.

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mardi 17 avril 2007

Tout ce qui est utile est laid

Tout ce qui est utile est laid : j'ai presque la tentation de faire mienne pour une fois cette phrase du camarade Théophile Gautier.

L'art, comme l'idéal communiste, c'est l'azur.

Mais c'est l'azur dont tombe le rayon qui fera germer les bulletins de vote pour Marie-George Buffet. C'est l'azur grâce auquel se lèveront les conquètes sociales de demain.

Ce qui sera utile et beau dimanche, ce sera le choix du progrès et de l'ambition.

En vérité, faut-il vraiment que je me répète et que je redise :

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front.
Ceux qui d'un haut destin gravissent l'âpre cime.
Ceux qui marchent pensifs, épris d'un but sublime.

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mardi 3 avril 2007

Le capitalisme

Le capitalisme

Pour croire au capitalisme, il faut l'avoir vu.

Comparées au capitalisme, les vieilles hydres font sourire.

À de certains moments, on serait tenté de le penser, l'insaisissable qui flotte en nos songes rencontre dans le possible des aimants auxquels ses linéaments se prennent, et de ces obscures fixations du rêve il sort des êtres. L'inconnu dispose du prodige, et il s'en sert pour composer le monstre. Orphée, Homère et Hésiode n'ont pu faire que la Chimère ; l’homme a fait le capitalisme.

Quand l’homme veut, il excelle dans l'exécrable.

Tous les idéals étant admis, si l'épouvante est un but, le capitalisme est un chef-d'œuvre.

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vendredi 9 mars 2007

Hernani ou l'honneur communiste

Acte III

LA SIGNATURE

Dans les montagnes d'Aragon. Le bureau de Don Rosso, à la mairie de Neruda ; petite salle, dont des portraits, entourés d'affiches et de photographies de manifestation, font la décoration.

DON JOSÉ, se précipitant dans le bureau et se jettant à terre.
Monsieur le Maire enfin je vous trouve chez vous !
C'est moi, c'est Don José ! Couché à vos genoux,
Je demande à vos pieds, pour ma candidature,
De vos augustes mains la noble signature.
Je serai le meilleur des antilibéraux !
Je ferai l'unité !

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mercredi 7 mars 2007

L'apprentissage à quatorze ans

Extrait des Contemplations, Livre III, "Les luttes et les rêves".

Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit?
Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules?
Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules;
Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.

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samedi 3 mars 2007

Notre-Dame de Paris

Bientôt ici, un septième billet, extrait du roman Notre-Dame de Paris.

Qui fera un commentaire cette fois-ci ?

Sainte-Beuve ? Lamartine ? Dumas ? Vigny ?

Ou peut-être Pierre Gringoire lui-même.

Ou Marie-George Buffet. Après tout, pourquoi pas.

mardi 27 février 2007

Tempête sous un crâne

Extrait des Misérables.

Alors il prit possession de lui-même; il posa ses coudes sur la table, appuya la tête sur sa main, et se mit à songer dans les ténèbres.

– Où en suis-je ? - Est-ce que je ne rêve pas ? Que m'a-t-on dit ? - Est-il bien vrai que j'aie vu ce militant communiste et qu'il m'ait parlé ainsi ? - Que peut être cette Marie-George Buffet ? - Elle défend donc mes intérêts ? - Est-ce possible ? - Quand je pense qu'hier j'étais si tranquille et si loin de me douter de rien ! - Qu'est-ce que je faisais donc hier à pareille heure ? - Qu'y a-t-il dans cet incident? - Comment se dénouera-t-il ? - Que faire ?

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dimanche 25 février 2007

Sonnez, sonnez toujours, clairons de la pensée

Sonnez, sonnez toujours, clairons de la pensée.

Marie-George Buffet, la tête aux cieux dressée,
Suivie des siens, marchait, et le peuple irrité,
Sonnait de la trompette autour de la cité.

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samedi 24 février 2007

Souvenir de la nuit du 4

L'enfant avait reçu deux balles dans la tête.
Le logis était propre, humble, paisible, honnête ;
La télévision, éteinte, se taisait.
Une vieille grand-mère était là qui pleurait.
Nous le déshabillions en silence. Sa bouche,
Pâle, s'ouvrait ; la mort noyait son oeil farouche ;
Ses bras pendants étaient déjà livides et froids.
Il avait dans sa poche un petit Pif en bois.
Son crâne était ouvert comme un bois qui se fend.
L'aïeule regarda déshabiller l'enfant,
Disant : - comme il est blanc ! approchez donc la lampe.
Ah ! ses pauvres cheveux sont collés sur sa tempe !
Et quand ce fut fini, le prit sur ses genoux.
La nuit était lugubre ; on entendait des coups
De fusil dans Clichy où l'on en tuait d'autres.
Des voitures brûlaient. On arrêtait les nôtres.

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Les amis de la GPA

Extrait des Misérables : Livre quatrième - Les amis de la GPA ; Chapitre I : Un groupe qui pourrait bien devenir historique

A cette époque, indifférente en apparence, un certain frisson révolutionnaire courait vaguement. Des souffles, revenus des profondeurs de 89 et de 92, étaient dans l'air. La jeunesse était, qu'on nous passe le mot, en train de muer. On se transformait, presque sans s'en douter, par le mouvement même du temps. L'aiguille qui marche sur le cadran marche aussi dans les âmes. Chacun faisait en avant le pas qu'il avait à faire. Les abstentionistes devenaient antilibéraux, les antilibéraux devenaient communistes.

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jeudi 22 février 2007

La barricade

Extrait des Misérables.

De quoi était faite cette barricade ? De l'écroulement de trois maisons à six étages, démolies exprès, disaient les uns. Du prodige de toutes les colères, disaient les autres. Elle avait l'aspect lamentable de toutes les constructions de la haine : la ruine. On pouvait dire : "Qui a bâti cela ?". On pouvait dire aussi : "Qui a détruit cela ?". C'était l'improvisation du bouillonnement. Tiens ! cette porte ! cette grille ! cet auvent ! ce chambranle ! ce réchaud brisé ! cette marmite fêlée ! ce buffet !

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mercredi 7 février 2007

Préface

Tant qu’il existera, par le fait des lois et des moeurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l’enfant par la nuit, ne seront pas résolus; tant que, dans de certaines régions, l’asphyxie sociale sera possible; en d’autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des blogs de la nature de celui-ci et des candidatures comme celle de Marie-George Buffet pourront ne pas être inutiles.